Chloé Houyoux Pilar est née en 1975, elle vit et travaille à Bruxelles, Belgique.

* still life + love is hole

Pour réaliser ce travail l’artiste a utilisé un sténopé, appareil photographique rudimentaire simplement constitué d’une boîte noire et muni d’un trou d’aiguille en guise d’objectif.

L’œuvre de Chloé Houyoux-Pilar se compose d’autoportraits fantasmés, de petites biographies et de fictions personnelles. Ces images peuvent naître d’une phrase lue, d’une nouvelle entendue à la radio, d’une émotion. Elles tentent d’exprimer l’introspection, le temps qui passe, la nostalgie, les joies et les peines de la mémoire.

Entrevue (galerie good friday)

Good Friday : Dans quelle démarche s'inscrit ce travail ?

Chloé Houyoux Pilar : Ce travail, est la suite de mes recherches sur l'identité qui passe par l'autoportrait et par le fait d'exprimer de multiples personnalités et de multiples états d'âmes. Cette fois, c’est en plus en relation avec le thème des vanités. Le côté périssable du vivant, ce souvenir que rien n’est acquis. Ce sont des images qui racontent des moments fragiles de l'existence. Des moments "d'intranquillité". D'où le jeu de mot pour le titre "still life".

Ce travail présente des images particulièrement sombres. Comment expliques tu cette évolution?

Le côté sombre des images s'est fait un peu malgré moi, ce n'était pas une chose préméditée. Bien sûr avec le thème des vanités, on parle forcément de la mort et de la disparition, du temps qui passe... mais je crois que le travail a pris un côté plus sombre parce que j'étais à ce moment plus réceptive à ça... Je ne travaille pas en dehors de la réalité du monde, des choses qui se passent autour de moi, que ce soit dans un cercle proche ou lointain (l'histoire, l'actualité, ...) je regarde autour de moi, et parfois je suis émerveillée, parfois je suis inquiète... et là j'étais plutôt dans la mélancolie, l'inquiétude.

Quelle à été l'influence du dialogue instauré avec la galeriste lors du choix des images ?

C'est vrai qu'une autre sélection des images aurait pu donner une couleur (un peu) différente. Moi seule, j'aurais peut-être "noyé le poisson", j'aurais été moins directement dans ce côté là...mais les images que nous avons choisies ensemble, en tout cas celles pour lesquelles nous étions d'accord, allaient toutes dans le même sens et je pense que ça a renforcé le côté sombre... mais c'est bien parce qu'une expo c'est aussi une rencontre avec le (la) galeriste, une proposition "commune" en quelque sorte, il y a une influence mutuelle, dans un autre lieu, ce serait sûrement un autre choix, c'était déjà le cas avec les quelques images que j'avais montrées pour "love is hole" (exposition collective de la galerie good friday, à laquelle Chloé Houyoux Pilar à participé ), c'était une proposition particulière, qui allait dans un sens précis et le titre de l'expo avait beaucoup influencé mon choix.

(Je pense par ailleurs que la série n'est pas "finie" et pourrait encore changer de ton...)

Pour ce qui est des images, je peux parler de l'une ou l'autre, par exemple celle avec le crâne: je suis attachée à cet objet, c'était un jouet à moi, quand j'étais gosse et il se trouve que c'était aussi un moment de la vie ou des certitudes sont tombées où des choses ont basculé, (sans tomber
dans le psychodrame)... mais dans l'image il y a aussi les mains qui ont un geste très doux, par contraste avec la tête de mort... pour moi c'est une image qui n'est pas forcément triste, je dirais plutôt mélancolique...

J'aime bien le poignet avec les perles rouges, moi ça me fait penser à Vermeer, il y a des reflets très particuliers sur les perles dans les tableaux de Vermeer, après évidemment on peut y voir une blessure, des gouttes de sang, je cherche l'évocation, si on passe à côté de ce que j'ai "voulu dire", ça n'est pas grave, ça fait partie de l'image. Il faut que mon intention disparaisse dans l'image. J'ai toujours une raison précise de faire une photo mais après, c'est l'inconscient qui travaille, la lumière, le sténopé, le temps de pose... au final ce n'est plus tout à fait à moi, la photo est devenue "autonome", c'est très ouvert à l'interprétation... j'ai une intention particulière pour chaque image mais je crois que ce n'est pas toujours intéressant de la connaître.

L'image avec le masque de lapin aussi... j'ai dû la refaire, si tu te souviens, la première version était trop "terre à terre", trop potache. Cette image c'est l'envie très enfantine de se déguiser (j'ai eu un déguisement de lapin... on dirait une séance de psychanalyse)... après le personnage imaginaire devient réel, étrange, il fait un peu peur...